Par Christelle Riollant • Accompagnatrice VAE EJE • Mis à jour en août 2026
L’éducateur de jeunes enfants est un professionnel du travail social spécialiste de l’accompagnement du jeune enfant et de sa famille. Observation, action éducative, soutien à la parentalité, prévention, inclusion, travail en équipe, projets et partenariats : son métier va bien au-delà de l’organisation d’activités en crèche.
Et c’est justement l’une des difficultés lorsqu’on cherche à comprendre le métier d’EJE. Parce que de l’extérieur, on voit souvent ce qu’il fait. On le voit auprès des enfants. On le voit proposer un aménagement, accompagner un parent, organiser un projet ou échanger avec une équipe.
Mais son identité professionnelle se trouve aussi dans ce qui est beaucoup moins visible ce qu’il observe, ce qu’il analyse, les hypothèses qu’il formule, les choix qu’il fait et la manière dont il donne du sens à son intervention.
Alors, concrètement, qu’est-ce qu’un éducateur de jeunes enfants ? Quel est son rôle ? Où peut-il travailler ? Quelles compétences mobilise-t-il ? Et comment devenir EJE lorsqu’on travaille déjà dans la petite enfance ?
On fait le point.
Qu’est-ce qu’un éducateur de jeunes enfants ?
L’éducateur de jeunes enfants est un travailleur social titulaire du Diplôme d’État d’Éducateur de Jeunes Enfants (DEEJE), diplôme de niveau 6.
Il exerce dans les champs éducatif, social et médico-social et accompagne le jeune enfant dans une démarche éducative et sociale globale, en coopération avec sa famille.
Le référentiel professionnel du DEEJE applicable aux parcours certifiants à partir du 1er septembre 2026 précise notamment que l’EJE contribue au bien-être, à l’épanouissement et à l’autonomie de l’enfant de la naissance à 7 ans. Il veille également au respect de ses droits, notamment ceux énoncés par la Convention internationale des droits de l’enfant. Cette notion est essentielle.
L’EJE n’est donc pas simplement un professionnel qui « connaît bien les enfants ». Son intervention s’inscrit dans un cadre professionnel, institutionnel, social et éthique.
Quel est le rôle de l’EJE auprès du jeune enfant ?
L’enfant est évidemment au cœur de son intervention. L’EJE dispose de connaissances spécifiques concernant le développement du jeune enfant et s’appuie notamment sur l’observation des situations quotidiennes pour construire son accompagnement.
Il cherche à comprendre les besoins, les capacités, les manifestations, les relations et l’environnement de chaque enfant. Son rôle peut notamment l’amener à :
- observer individuellement un enfant ou un groupe ;
- penser l’aménagement des espaces ;
- créer des situations éducatives ;
- soutenir le jeu et l’exploration ;
- accompagner la socialisation et l’autonomie ;
- favoriser l’expression des potentialités de l’enfant ;
- contribuer à son inclusion ;
- participer aux actions de prévention ;
- ajuster l’accompagnement aux besoins et à la singularité de chaque enfant.
Mais attention à une confusion fréquente. L’activité n’est pas une finalité en soi. Un EJE ne propose pas de peinture parce que « le mardi, c’est peinture » Ce qui nous intéresse professionnellement, c’est tout ce qui se trouve derrière :
Pourquoi cette proposition ? Pour quels enfants ? À partir de quelles observations ? Avec quels objectifs ? Dans quel environnement ? Quelle place laisse-t-on à l’initiative de l’enfant ? Qu’observe-t-on ensuite ?
C’est là que commence réellement l’action éducative.
L’observation : une compétence centrale de l’EJE
Observer n’est pas simplement regarder. L’observation permet à l’EJE de recueillir des éléments sur une situation avant de chercher à la comprendre et éventuellement d’agir.
Cela demande notamment de distinguer : ce que j’observe réellement de ce que j’interprète.
« Léa pleure depuis que sa mère est partie » décrit un élément observable. VS « Léa fait un caprice parce qu’elle ne voulait pas que sa mère parte » contient déjà une interprétation.
Cette distinction peut sembler toute simple. Sur le terrain, elle change énormément de choses. Parce qu’une observation suffisamment fine permet de formuler différentes hypothèses plutôt que de transformer immédiatement notre première impression en vérité.
L’EJE travaille aussi avec les familles
Accompagner un jeune enfant sans prendre en compte sa famille n’aurait pas beaucoup de sens.
Le nouveau référentiel insiste d’ailleurs sur la coopération avec les familles, la continuité éducative et le respect du milieu familial, social et culturel de l’enfant. L’EJE peut ainsi :
- accompagner les premiers accueils et les séparations ;
- créer des espaces permettant la rencontre et les échanges ;
- soutenir les compétences parentales ;
- recueillir les observations et connaissances des parents concernant leur enfant ;
- accompagner certaines interrogations sans se substituer aux parents ;
- favoriser leur participation aux projets ;
- travailler la continuité entre les différents environnements de l’enfant.
Et non, soutenir la parentalité ne signifie pas expliquer aux parents comment ils devraient élever leur enfant. 😉
La relation avec les familles suppose justement de trouver un positionnement professionnel permettant de coopérer sans prendre leur place.
L’EJE n’est pas uniquement « la personne référente pédagogique de la crèche »
C’est une représentation du métier que j’aimerais vraiment voir disparaître. Oui, beaucoup d’EJE travaillent en établissement d’accueil du jeune enfant. Oui, ils peuvent y occuper des fonctions éducatives, de coordination, de référent technique ou de direction selon leur poste et le cadre réglementaire. Mais le métier d’EJE ne se résume pas à la crèche.
Le référentiel officiel mentionne des possibilités d’exercice dans le champ éducatif, social et médico-social : crèches, ludothèques, centres de loisirs, hôpitaux, établissements accueillant des mères et leurs enfants, instituts médico-éducatifs, CMPP, pouponnières, maisons d’enfants à caractère social, entre autres. C’est aussi ce qui rappelle quelque chose d’important : EJE est un métier du travail social. Pas uniquement un métier de la petite enfance.
L’EJE travaille en équipe
L’éducateur de jeunes enfants ne travaille pas dans sa petite bulle éducative. Il s’inscrit dans une équipe pluriprofessionnelle ou pluridisciplinaire.
Selon son lieu d’exercice, il peut travailler avec des auxiliaires de puériculture, accompagnants éducatifs petite enfance, infirmiers, psychologues, assistants de service social, éducateurs spécialisés, psychomotriciens, médecins, enseignants ou de nombreux autres professionnels. Cette diversité suppose d’être capable de :
- transmettre des informations pertinentes ;
- argumenter ses observations ;
- écouter d’autres lectures d’une situation ;
- participer à des réunions ;
- contribuer aux projets ;
- prendre position professionnellement ;
- travailler avec des désaccords ;
- ajuster sa communication selon ses interlocuteurs.
Le travail en équipe ne consiste donc pas seulement à « bien s’entendre avec ses collègues ». C’est une compétence professionnelle à part entière.
L’EJE conçoit et porte des projets
Le projet occupe également une place importante dans le métier. L’EJE participe notamment à l’élaboration et à l’évaluation du projet d’établissement ou de service et contribue aux projets éducatifs et sociaux de la structure.
Mais là encore, le mot projet ne signifie pas forcément : « Nous allons organiser une semaine sur les couleurs. »
Un projet professionnel part normalement de quelque chose.
Un constat.
Des observations.
Un besoin identifié.
Une problématique.
Une évolution du public.
Une réflexion d’équipe.
Il suppose ensuite de penser des objectifs, des moyens, des partenaires éventuels, sa mise en œuvre et son évaluation. La question n’est donc pas uniquement : « Qu’avons-nous organisé ? » mais : « Pourquoi l’avons-nous fait et qu’est-ce que cela devait permettre ? »
L’EJE travaille avec un territoire et des partenaires
Le métier ne s’arrête pas aux murs de la structure. L’EJE développe également des partenariats dans les champs éducatif, culturel, social, médico-social et sanitaire. Le nouveau référentiel renforce d’ailleurs la dimension territoriale et les coopérations nécessaires à la continuité des accompagnements.
Selon les situations, cela peut impliquer de travailler avec des acteurs très différents. L’enjeu n’est pas d’avoir le plus gros carnet d’adresses de la ville.
Un partenariat professionnel a du sens lorsqu’il répond à un besoin identifié et permet d’apporter une réponse plus cohérente aux enfants, aux familles ou au territoire.
L’EJE est aussi un professionnel de la prévention et de l’inclusion
Ces dimensions sont particulièrement visibles dans le nouveau référentiel du DEEJE. L’action éducative de l’EJE s’inscrit dans une logique préventive et inclusive. Il contribue à créer des environnements permettant l’expression des potentialités de chaque enfant et participe à la coordination des accompagnements lorsque cela est nécessaire.
Prévenir ne signifie pas chercher des problèmes partout. Il s’agit aussi d’observer suffisamment tôt une situation, de soutenir les ressources présentes, de travailler avec les familles et les professionnels concernés et de créer des conditions favorables au développement de l’enfant.
Une compétence moins visible : analyser sa propre pratique
C’est probablement l’une des dimensions du métier qui m’intéresse le plus. L’EJE n’est pas seulement censé savoir agir. Il doit également être capable de questionner son intervention.
Le référentiel 2026 mentionne explicitement la démarche réflexive, l’analyse éthique, l’ajustement du positionnement professionnel et le développement professionnel continu.
Autrement dit : J’observe. J’agis. Mais je peux également revenir sur mon action et me demander :
Pourquoi ai-je fait ce choix ?
Qu’est-ce qui a influencé ma lecture de la situation ?
Quelles autres hypothèses étaient possibles ?
Qu’est-ce qui a fonctionné ou non ?
Qu’est-ce que je modifierais aujourd’hui ?
C’est cette capacité à penser sa pratique qui permet aussi de continuer à évoluer professionnellement.
Si ce sujet vous intéresse, j’ai d’ailleurs consacré un article complet à l’analyse des pratiques professionnelles en petite enfance.
L’EJE doit-il continuer à se former ?
Oui.
Et pas uniquement en accumulant des formations.
Le nouveau référentiel prévoit notamment la capacité à assurer une veille professionnelle, actualiser ses connaissances et diffuser des informations de manière adaptée. Les connaissances concernant l’enfant évoluent. La réglementation évolue. Les politiques sociales évoluent. Les publics et les besoins évoluent.
Nos propres pratiques doivent donc pouvoir évoluer elles aussi.
Vous pouvez retrouver à ce sujet mon guide consacré à la veille professionnelle en petite enfance.
Quelles sont les compétences d’un éducateur de jeunes enfants en 2026 ?
Le nouveau DEEJE est organisé autour de quatre blocs de compétences :
Bloc 1 : Concevoir et conduire un accompagnement socio-éducatif dans l’intérêt des jeunes enfants et de leur famille
Bloc 2 : Favoriser et soutenir le développement harmonieux et l’épanouissement du jeune enfant
Bloc 3 : S’inscrire dans une dynamique partenariale et territoriale en lien avec la mise en œuvre des politiques de cohésion sociale
Bloc 4 : S’inscrire dans un contexte professionnel du travail social
Ces quatre blocs sont applicables aux nouveaux parcours certifiants à compter du 1er septembre 2026. Le DEEJE reste classé au niveau 6 et correspond à 180 crédits ECTS.
Si vous souhaitez comprendre précisément cette réforme, j’ai décrypté les changements dans mon article Nouveau référentiel DEEJE 2026 : quels changements pour la VAE EJE ?
Comment devenir éducateur de jeunes enfants ?
Il existe plusieurs voies pour obtenir le Diplôme d’État d’Éducateur de Jeunes Enfants.
La formation préparant au DEEJE constitue évidemment l’une d’entre elles. Pour les nouveaux parcours, l’accès est notamment ouvert aux titulaires du baccalauréat ou d’un titre ou diplôme au moins de niveau 4, selon les conditions prévues par les textes.
Mais ce n’est pas la seule possibilité. Le diplôme est également accessible par validation des acquis de l’expérience (VAE).
Et c’est là que cela devient particulièrement intéressant pour les professionnelles qui travaillent déjà dans la petite enfance ou le secteur social.
Vous exercez déjà en petite enfance : avez-vous peut-être des compétences d’EJE ?
C’est une question très différente de : « Est-ce que je fais déjà le métier d’EJE ? »
Une auxiliaire de puériculture, un professionnel titulaire du CAP AEPE, une assistante maternelle, un référent technique ou un autre professionnel peut avoir développé au fil de son parcours certaines compétences attendues d’un EJE. Mais avoir de l’expérience auprès des jeunes enfants ne signifie pas automatiquement maîtriser l’ensemble des compétences du diplôme.
C’est précisément l’intérêt d’une démarche de VAE : partir de ce que vous faites réellement et confronter cette expérience au référentiel du diplôme.
Par exemple : Vous observez peut-être déjà les enfants. Mais que faites-vous de vos observations ?
Vous accompagnez des familles. Mais comment pensez-vous votre positionnement dans cette relation ?
Vous participez à des projets. Mais êtes-vous capable d’expliquer le diagnostic, les objectifs, votre rôle, les partenaires et l’évaluation ?
Vous travaillez en équipe. Mais comment contribuez-vous à la réflexion collective ?
Vous avez développé énormément de compétences sur le terrain. La question devient alors : êtes-vous capable de les identifier, de les analyser et de les rendre visibles ?
VAE EJE : l’expérience seule ne suffit pas
C’est une nuance essentielle. Avoir dix, quinze ou vingt années d’expérience ne signifie pas automatiquement que toutes les compétences du DEEJE sont acquises.
À l’inverse, une expérience moins longue peut parfois être extrêmement riche. En VAE, ce n’est donc pas simplement le compteur des années qui nous intéresse.
C’est ce que vous avez réellement vécu, construit, compris et développé professionnellement.
Votre dossier doit permettre au jury d’accéder à cette expérience. Pas seulement à travers : « J’ai fait ceci, puis j’ai fait cela. »Mais à travers votre capacité à expliquer : ce que vous avez observé, pourquoi vous avez choisi d’agir ainsi, sur quoi vous vous êtes appuyée, avec qui vous avez travaillé, comment vous avez ajusté votre intervention et ce que vous en analysez aujourd’hui.
C’est là que votre expérience devient réellement lisible.
Comment savoir si la VAE EJE peut correspondre à votre parcours ?
Commencez par regarder le référentiel. Pas pour essayer de cocher toutes les cases en cinq minutes. Prenez plutôt plusieurs expériences importantes de votre parcours et demandez-vous :
Qu’est-ce que je fais réellement ?
Quelles responsabilités ai-je prises ?
Qu’est-ce que je construis ou décide moi-même ?
Comment est-ce que j’observe et analyse les situations ?
Quelle place occupent les familles dans ma pratique ?
Comment est-ce que je travaille avec mon équipe ?
Est-ce que je participe à des projets ?
Avec quels partenaires ?
Comment mes pratiques ont-elles évolué ?
Vous commencerez alors à voir votre parcours autrement.
Et parfois, c’est là que certaines professionnelles réalisent qu’elles font depuis longtemps beaucoup plus que ce qu’elles pensaient.
Être EJE, ce n’est pas seulement savoir y faire avec les enfants
Si je devais finalement résumer le métier en quelques mots, je ne choisirais probablement pas « activités », « crèche » ou même « éveil ». Je parlerais plutôt de : observer, comprendre, accompagner, penser, coopérer, construire, questionner et ajuster.
Parce qu’être éducateur de jeunes enfants ne consiste pas uniquement à disposer d’une boîte à outils éducative. C’est construire un positionnement professionnel permettant de donner du sens à son action auprès des enfants et des familles, au sein d’une équipe, d’une institution et d’un territoire.
Et c’est probablement aussi ce qui rend ce métier aussi difficile à expliquer en trois phrases. Heureusement, nous avions tout un article. 😅
Vous souhaitez devenir EJE par la VAE ?
Si vous travaillez déjà auprès de jeunes enfants et que certaines des compétences présentées dans cet article font écho à votre expérience, vous pouvez commencer par découvrir comment fonctionne la VAE EJE et quelles sont ses différentes étapes.
Vous pourrez ensuite consulter mon guide consacré au dossier de faisabilité et à la recevabilité de la VAE EJE, puis mon guide complet pour rédiger votre Livret 2 de VAE EJE.
Et avant de commencer à rédiger, prenez le temps de regarder votre parcours autrement.
Vous n’avez pas besoin d’inventer une posture d’EJE pour votre dossier. Le travail consiste d’abord à apprendre à identifier, analyser et rendre visible celle que votre expérience vous a permis de construire.
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